Kirili in Dialogue with
Thelonious Monk
American jazz pianist and composer
“Thelonious Monk, pour certains, est un derviche. Ce sens de la circonvolution rejoint celui de la sculpture autour de laquelle je tourne en la créant, condition essentielle à la célébration de la verticalité. Monk cubiste noir. Monk architecte de la sonorité noire. Pour moi, le pathétique des Pleurants de Dijon, des Bourgeois de Calais de Rodin rejoint le blues, le chant de la musique soul dansée.”
Alain Kirili, 2012
extrait de Rencontre d'un autre corps le jazz, publié dans Alain Kirili - Sculpture et Jazz, Autoportrait , éditions Stock, 1996
Les Pleurants des tombeaux des ducs de Bourgogne au Musée des Beaux-Arts de Dijon, et les Bourgeois de Calais de Rodin, au Musée Rodin à Paris
“Jazz Storyville, Picasso, Les Demoiselles d'Avignon. Je choisis résolument la modernité issue d'un univers sexué où la création n'est jamais chaste. Jazz et Picasso sont mes «phares» baudelairiens. Le jazz est d'abord un excès. Je choisis aussi le jazz des premiers gospels, des esclaves noirs américains, pour son extraordinaire capacité d'incarnation spirituelle. Enfin, lorsque Thelonious Monk arrive, commence l'aventure du jazz moderne. ”
Alain Kirili
extrait de Jazz, pulsion sculptée du XXe siècle , publié dans Alain Kirili - Sculpture et Jazz, Autoportrait , éditions Stock, 1996
Thelonious Monk, Paris, 1969 (photo©Jean-Pierre Leloir)
“Il y a une merveilleuse remarque de Thelonious Monk, le pianiste, qui disait qu’il n’y avait rien de mieux que la première prise, le premier enregistrement, et je crois que toute une lignée d’artistes à travers les siècles sont dans la première prise, dans la première attaque. ”
Alain Kirili
extrait de La sculpture fa presto, un entretien avec Patrick Ramade, conservateur en chef du Musée des Beaux-Arts de Valenciennes, réalisé le 6 décembre 2001, à New York. Publié dans le catalogue d’exposition Kirili dialogue avec Carpeaux, Musée des Beaux-Arts de Valenciennes, 2002.
Le secret de l’atelier
de Thelonious Monk
by Alain Kirili, 1996
published in Alain Kirili, Sculpture et Jazz - Autoportrait, éditions Stock, 1996
Thelonious Monk: Straight, No Chaser
American documentary film directed by Charlotte Zwerin, 1988
about the life of bebop pianist and composer Thelonious Monk.
“Il est essentiel de témoigner de l'extase, de la transe, de la sublimation, de la transgression, parce qu'il s'agit de la vie.
J'insiste un peu, car aucune raison formaliste ne me guide. Je me suis intéressé à l'improvisation plutôt qu'à l'écriture d'un projet culturel ou musical, parce que la vie est une improvisation. L'improvisation est la mise en scène même de la voix et du corps dans l'instant.
C'est l’occasion rarissime donnée à un public d'assister à la mise en abîme, à la mise en jeu du corps dans une création. C'est également l'explication pour laquelle un musicien qui n'est habitué qu'à la musique écrite à peur devant l'improvisation, car il ne peut s'embarquer dans une éthique créative sans filet, être "l'artiste comme funambule", disait Jean Genet. Et c'est le funambule qui m'intéresse chez l'artiste.
Donc, au-delà des limites extrêmes se trouvent tous les risques. C'est le moment précis d'une situation très privée, le grand non-dit de la culture occidentale à mon avis qui est la transe créative, l'exaltation. Je me suis aperçu qu'aucun historien de l’art n'a jamais du voir un artiste travailler. On sait que le corps de l'artiste, qu'il soit écrivain, compositeur, peintre ou sculpteur, se trouve dans une situation de modification phénoménale au moment de la création, c'est la partie honteuse, cachée, non dite chez nous les occidentaux.
Les cas où cela est abordé sont rarissimes, à l'exception du film de Hans Namuth sur Jackson Pollock en train de peindre et Straight no Chaiser de Thelonious Monk et le film vidéo de Jean-Paul Fargier : Alain Kirili, Roy Haynes : Jam Session ; pourtant, cela me paraît essentiel.”
Alain Kirili, 2012
extrait de Rencontre d'un autre corps le jazz, publié dans Alain Kirili - Sculpture et Jazz, Autoportrait , éditions Stock, 1996
Alain Kirili, Roy Haynes : Jam Session
Documentary 12' , 1993 by Jean-Paul Fargier
Co-prod. DAP - Délégations aux Arts Plastiques
Une amitié : Steve Lacy
les profondeurs de Monk
by Alain Kirili, 1996
published in Alain Kirili, Sculpture et Jazz - Autoportrait, éditions Stock, 1996
KIRILI, 1995
Film by Chrystel Egal
Super 8 film - 5 minutes 56 sec
Voice : Alain Kirili / Sound : Book percussions
Prod. Maison Européenne de la Photographie, Paris
“ Les sculptures de Kirili sont des incarnations.
Les Solos sont en vie, des féminités dont le vécu m'impressionne. Leurs brûlures sont des rides, leurs traces des chevelures, leurs orifices des sexes. Grâce au noir et blanc, j'accentue cette sensation, le différence n'existe plus entre la chair et la sculpture. La couleur de la peau et la tôle sont unies pour le noir et blanc. Les Solos sont des créatures. Leurs présences modifient le rapport à mon corps. Je filme au ras le sol, je tourne dans les sculptures. Ce rythme s'impose à moi. Thelonious Monk s'adonnait au rythme de la circonvolution. Il tournait sur lui-même sans musique, perdu dans son monde. Je renoue avec un mouvement inconscient, le rythme circulaire que Charles Mingus nommait rotary perception. Ma façon de filmer est en rapport direct avec l'acte essentiel de la sculpture. Je tourne autour. Je les frôle. Alain Kirili frappe ses sculptures pour qu'elles vibrent.”
Chrystel Egal, New York, avril 1995.
extrait de Kirili, un portrait, publié dans Alain Kirili, Sculpture et Jazz - Autoportrait, édition Stock, 1996